Vous cherchez la rampe du regard avant de descendre l’escalier ? Vous posez le pied avec prudence dès que le trottoir se couvre de feuilles ? Les troubles de l’équilibre touchent de nombreux seniors, et leurs causes sont multiples : oreille interne, vue, médicaments… Mais il y en a une que l’on oublie presque toujours : vos pieds.
Cette perte d’équilibre chez la personne âgée, vous la vivez peut-être vous-même, ou vous la voyez s’installer chez un parent. Elle arrive rarement d’un coup : un bras que l’on prend plus souvent, une promenade raccourcie, un « je reste à la maison, il a plu ». Jusqu’au jour où une chute oblige à en parler.
Quand l’équilibre flanche, vous pensez sans doute d’abord à l’oreille interne ou à l’ordonnance, et vous avez raison. Mais votre équilibre commence au sol, là où vos pieds portent tout votre poids. Un pied douloureux, moins sensible ou mal chaussé peut suffire à dérégler toute la posture, comme nous l’expliquions à propos des causes invisibles d’une mauvaise posture.
Je vous aide ici à comprendre ces déséquilibres, à repérer les signes d’alerte et à adopter les bons gestes.
Perte d’équilibre chez la personne âgée : pourquoi le corps vacille avec l’âge
Comment votre corps tient-il debout ?
Tenir debout vous paraît naturel ? Pourtant, c’est un véritable travail d’équipe entre :
- vos yeux,
- votre oreille interne,
- les capteurs musculaires, articulaires et cutanés, notamment sous vos pieds.
Ces trois sources d’informations permettent d’ajuster votre posture et de tenir debout, sans que vous ayez à y penser.
Mais avec l’âge, la vue baisse, les capteurs deviennent moins sensibles, la force musculaire diminue, et l’on bouge souvent moins1. C’est tout cela mis bout à bout qui fragilise l’équilibre.
Les causes les plus fréquentes des troubles de l’équilibre
Une perte d’équilibre a rarement une seule origine. En général, c’est l’accumulation de plusieurs causes1,2 :
- Un trouble de l’oreille interne, comme le vertige positionnel paroxystique bénin, qui fait tourner la pièce dès que vous bougez la tête.
- Une vue qui baisse,
- Certains médicaments, en particulier les somnifères, les anxiolytiques et certains traitements de la tension, surtout quand les ordonnances s’allongent.
- Une chute de tension au lever, cette tête qui tourne quand vous sortez du lit trop vite.
- Des muscles des jambes moins forts,
- Une maladie neurologique, comme la maladie de Parkinson ou les séquelles d’un AVC.
- La peur de tomber elle-même : vous vous crispez, vous sortez moins… et l’équilibre s’étiole.
Bon à savoir
En France, environ 480 personnes de 65 ans et plus sont hospitalisées chaque jour après une chute. Un chiffre en hausse de 20 % en cinq ans, selon le dernier bilan de Santé publique France. Et le risque grimpe nettement avec l’âge : après 85 ans, le taux d’hospitalisation pour chute est plus de huit fois supérieur à celui des 65-74 ans3. Au moins un senior sur trois vivant chez lui tombe chaque année4.
Le rôle oublié des pieds : ce que la plante de vos pieds dit à votre cerveau
Sensibilité plantaire : vos pieds, des capteurs qui s’usent avec l’âge
Sous vos pieds se cachent de minuscules récepteurs sensibles à la pression. Ils indiquent en permanence à votre cerveau comment se répartit votre poids et si vous penchez d’un côté ou d’un autre.
Avec l’âge, cette sensibilité plantaire s’émousse. Une étude japonaise menée auprès de seniors vivant chez eux a montré qu’une moins bonne sensibilité sous les pieds allait de pair avec un moins bon équilibre, indépendamment des autres facteurs étudiés5. Des chaussons épais et avachis brouillent encore le message.
Pieds douloureux, orteils affaiblis : un risque de chute sous-estimé
Vos orteils agrippent le sol et corrigent en permanence vos petits déséquilibres. Une étude australienne qui a suivi des personnes âgées pendant un an a montré que des orteils moins forts et des douleurs de pied invalidantes étaient associés aux chutes, même en tenant compte des autres facteurs de risque6.
Une analyse regroupant 15 études confirme le lien entre les chutes et les douleurs de pied, l’hallux valgus, ou les orteils déformés7.
Quand un pied fait mal, vous le posez de travers, vous raccourcissez le pas, vous compensez avec le genou ou le dos.
Mules et chaussons usés : quand vos chaussures fragilisent votre équilibre
La Haute Autorité de santé consacre une recommandation au pied de la personne âgée et au chaussage des personnes à risque de chute8. Elle insiste sur des chaussures qui respectent le volume du pied, et note qu’une semelle mince diminue les chutes en situation expérimentale.
Troubles de l’équilibre : les signes qui doivent alerter
Quand consulter sans attendre
L’éclairage de la docteure en pharmacie
Je vous conseille de consulter rapidement en cas de :
- vertige brutal accompagné d’une difficulté à parler, d’une faiblesse d’un côté du corps ou d’un trouble de la vue : appelez immédiatement le 15 ;
- deux chutes ou plus en douze mois, même sans blessure : pour la HAS, c’est un signe de gravité qui justifie une évaluation médicale2 ;
- malaise ou perte de connaissance ;
- instabilité apparue après un nouveau médicament ou un changement de dose. N’arrêtez jamais un traitement de vous-même : parlez-en d’abord à votre médecin ou à votre pharmacien ;
- pieds qui fourmillent, brûlent ou deviennent insensibles.
En dehors de ces situations, certains petits signes méritent que vous vous y arrêtiez, pour vous comme pour un proche. Vous traversez la pièce en vous tenant aux meubles ? Vous marchez les yeux rivés au sol ? Vous avez renoncé à la promenade du dimanche ? Vos semelles s’usent d’un seul côté ?
Votre médecin traitant reste votre premier interlocuteur. En cas de chute, la HAS lui recommande d’ailleurs d’examiner systématiquement vos pieds et vos chaussures2.
Et pour y voir plus clair sur vos appuis, une analyse posturale et des appuis en pharmacie vous permet aussi de visualiser la répartition des pressions sous vos pieds, les éventuelles asymétries et votre stabilité, puis d’être orienté si besoin.

Exercices d’équilibre, soin des pieds : comment limiter le risque de chute
Bouger, votre meilleur allié
Bonne nouvelle : c’est aussi la mesure la mieux prouvée. Une vaste revue montre que les programmes d’exercices, en particulier ceux qui travaillent l’équilibre et la force, réduisent d’environ 23 % le nombre de chutes chez les seniors vivant à domicile4.
Pas besoin de vous précipiter dans une salle de sport : des petits exercices au quotidien peuvent vous aider. N’hésitez pas à vous faire accompagner par un professionnel du sport.
Prendre soin de vos pieds, même quand ils ne font pas mal
Ne laissez pas s’installer des douleurs, cors et callosités. Chez les seniors souffrant de douleurs de pied, la même étude que tout à l’heure montre qu’il y a eu 36 % de chutes en moins sur un an grâce à un programme combinant semelles, conseils de chaussage et exercices pour le pied et la cheville9. Un bilan postural en pharmacie pour les seniors peut être un bon point de départ.
Des chaussures qui tiennent vos pieds, même à la maison
En vous inspirant des recommandations de la HAS8, privilégiez :
- une chaussure fermée à l’arrière, au talon bas et stable ;
- une semelle antidérapante, ni trop épaisse ni trop molle ;
- assez de place pour vos orteils et une fermeture réglable.
Chez vous et dans votre armoire à pharmacie : les bons réflexes
- Une veilleuse entre la chambre et les toilettes, des tapis bien fixés, les feuilles mortes balayées devant la porte.
- Levez-vous en deux temps : asseyez-vous au bord du lit, bougez les chevilles quelques secondes, puis mettez-vous debout.
Et côté nutrition ?
Tenir debout, c’est aussi une affaire de muscles. Avec les années, vos jambes perdent peu à peu en force, et rattrapent moins bien un faux pas.
→ Découvrez les signes d’une fonte musculaire après 50 ans et comment la freiner.
Votre équilibre se construit aussi par les pieds
Perdre l’équilibre en vieillissant n’a rien d’une fatalité. C’est un signal qui vous invite à regarder vos oreilles, vos yeux, votre ordonnance… et ce qui se passe sous vos pieds. Parlez-en à votre médecin, et poussez la porte de votre pharmacie pour faire le point sur vos appuis.
Cet article a une visée informative. Il ne remplace pas un avis médical. Si vous constatez un symptôme inhabituel, parlez-en à votre médecin traitant.
